Mercredi 15 juillet : visite des fouilles archéologiques de la zone de Chamarges à Die

La Communauté des Communes du Diois organise la visite des fouilles archéologiques de la zone Chamarges de Die en collaboration avec Mosaïques Archéologie et le Musée de Die et du Diois. Deux horaires vous sont proposés le 15 juillet : en matinée de 10h à 12h et en soirée de 17h à 19h. Pour une bonne organisation de votre visite, merci de vous inscrire à l’horaire qui vous convient par le biais du formulaire en ligne formulaire en ligne  disponible sur communication@paysdiois.fr ou à l’accueil de la Communauté des Communes 04 75 22 29 44.

Petite bibliographie dioise : Lou siegé de Solliens

par Emmanuel Poujol

Quelques œuvres d’un poète diois, qui aimait comme jamais son pays, viennent de réapparaitre d’un grenier poussiéreux. Une petite biographie concernant ce personnage a été écrite par Christian Rey dans le numéro 11 de nos « Chroniques du Diois », page 36, paru en juillet 2009.

Auguste Boissier, né à Die en 1802 d’une famille d’artisans part à Paris pour travailler avec son oncle monsieur Payan qui tient un gros commerce de broderie. Cet oncle, qui n’avait pas d’enfant, l’accueille comme un fils et lui apprend le métier de dessinateur en broderie.

Mais Boissier a le mal du pays et entreprend des recherches pour élaborer sur du papier l’histoire de Die. Il dévore assidument des œuvres dauphinoises et des vieux manuscrits pour constituer un énorme dossier de notes intéressantes. Mais il bute sur la lecture d’anciens auteurs latins et surtout sur les textes du jésuite diois le père Colombi dont il ne comprend pas les écrits. C’est là que lui vient l’idée de se consacrer à une langue du diois que l’on ne parle plus. Il va donc se tourner vers la poésie patoise.

Il va composer plusieurs charmants poèmes en rapport permanent avec son pays natal. Il organise, dans son petit atelier de Paris, des réunions rassemblant la jeunesse dioise de passage et c’est lors d’une de ces réunions qu’il va rencontrer Adolphe Rochas historien et biographe. Ils deviendront tous deux de bons amis.

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Pour faire partager ses écrits, il vient à l’idée d’Auguste Boissier de les faire imprimer. Son caractère économe le pousse à se passer des imprimeurs classiques et il va inventer lui-même une façon de reproduire sur du papier ses compositions.

Il va utiliser pour cela la méthode qu’il met en pratique pour son métier de dessinateur en broderies.

Après avoir reproduit les lettres, proches des caractères  de l’imprimerie, il prenait la patience de piquer les contours de chaque lettre avec une pointe de sorte que tous les caractères soient percés par de petits trous très rapprochés. Une fois ce travail fait, il appliquait son ouvrage sur une feuille blanche et tamponnait le tout avec une poussière composée de résine et de colorant. Puis il passait la feuille vers une source de chaleur qui faisait adhérer la poussière résineuse au papier.

Ce travail était faramineux et très peu de publications ont vu le jour par ce procédé.

Laissons maintenant parler Adolphe Rochas à propos de son ami lors d’une de ses réunions à la capitale :

« Nos causeries se terminaient invariablement par la lecture de quelqu’une de ses poésies. Il avait fait notamment un poème héroï-comique intitulé : Le siège de Saillans, qui nous a bien souvent fait rire aux éclats. C’est son chef-d’œuvre. Il y suppose que les habitants de Die, manquant de blé et menacés de la famine, apprennent tout à coup qu’il vient d’arriver à une petite ville voisine, à Saillans, un grand chargement de grains.

A cette nouvelle, une réunion populaire a lieu sur la place publique et il est décidé, séance tenante, que l’on prendra les armes pour aller à Saillans, en faire le siège s’il le faut, et rapporter du blé de gré ou de force.

Aussitôt de longues files de paysans affamés se mettent en marche, groupé par escouades commandées par des chefs. Soldats et chefs ne sont autres que la réunion bizarre de ces personnages qui, dans les petites villes, sont connus et remarqués de tout le monde à cause de leurs difformités, de leur costume, de leur caractère ou de leurs noms baroques.

La marche conquérante de cette masse grouillante, hurlante, déguenillée, digne du crayon de Callat, est curieuse à lire.

Le poète nomme les chefs de chaque escouade et les principaux soldats ; il raconte leurs hauts faits et ceux de leurs ancêtres ; il fait même leur généalogie. On y voit des borgnes, des sourds, des bancals, des boiteux, des ventrus ; des armes, des costumes, des sobriquets inénarrables.

Tous cela, hommes, chevaux, ânes, bagages, cahotant, se heurtant le long des chemins, criant, chantant, s’apostrophant, est décrit avec une verve entraînante. Pendant l’assaut livré à Saillans, les chefs s’injurient, comme les héros d’Homère, avant d’en venir aux mains, avec un luxe d’épithètes et de gros mots à faire pouffer de rire.

Cette charmante composition est divisée en quatre chants et contient plus de deux mille vers. Le poète n’y faiblit jamais ; il rit du commencement à la fin et il parle le plus pur patois, celui d’il y a 60 ans (XVIIIe siècle). » Cette histoire rocambolesque du siège de Saillans n’est pas sans rappeler les écrits d’Adolphe Rochas quelques années plus tard dont le titre, qui fera partie d’une future analyse, est « Le siège de Chamarges par les Dames de Die ».

L’avenue de la Division du Texas à Die

par Sylvaine Laborde-Castex

La Division du Texas est une longue avenue qui marque l’entrée sud-est de la ville de Die. Cette avenue dont le nom est lié à un moment particulier de l’histoire de la ville peut résumer à elle seule quelques particularités de notre cité à la fois rurale, bourg-centre du Diois avec une vie culturelle riche.

Il fallait bien une avenue pour marquer une libération

Autrefois « Allée des Acacias », c’est le  31 août 1944 que cette avenue est nouvellement dénommée. Le conseil municipal de Die prend ce jour-là deux décisions importantes : la première débaptiser la grande rue (1) pour lui donner le nom d’un résistant, celui de Camille Buffardel (2) et la seconde d’honorer l’arrivée des premiers soldats américains à Die en donnant le nom de leur unité : « la division du Texas » à la première rue où ils sont entrés en ville. Die devenait ainsi la première ville « libérée » par les Américains en Drôme.     En effet, après le débarquement de Provence le 15 août 1944, les troupes américaines laissant aux français le soin de libérer les villes de Marseille et de Toulon, prennent la route des Alpes et remontent le plus rapidement possible par la vallée de la Durance. Le groupe Truscott (36e, 45e Division U.S Task Force Butler) a pour mission de rejoindre en moins de 90 jours Grenoble et Lyon. Il semblerait que le 21 août, le général Patch, commandant la VIIe armée américaine est fait opérer à la Division Butler un changement de direction. Ses troupes quittent la vallée des Alpes pour bifurquer en direction du Col de Cabre et rejoindre ainsi la vallée du Rhône. Auparavant, des éclaireurs avaient été envoyés en reconnaissance. C’est ainsi que la première jeep de la Division du Texas arrive à Die le 20 août 1944 vers 17h, 18h du soir. Ce jour-là M. Vigne photographe est là pour immortaliser ce moment. L’ensemble des troupes américaines défileront dans les rues de Die les jours suivants le 21 et le 22 août. Un film a même été tourné par Elie Brochier et M. Challaboud pour immortaliser le passage des chars « sherman », les GMC, les bulldozers, jeeps et les diois goûtant chocolat et chewing gum distribués par les G.I. Comme le note la délibération du 31 août 1944, la municipalité de Die souhaite « commémorer le passage des troupes américaines et notamment la Division du Texas qui a été la première à fouler victorieusement le sol Diois. Considérant que cette Division a fait son entrée en ville en empruntant la route nationale, avenue des Acacias – Viaduc, après avoir délibéré décide que, en témoignage de sa profonde gratitude envers les vaillantes armées américaines qui viennent libérer la France du joug allemand, et en particulier la glorieuse Division du Texas qui a libéré le Diois. La Partie de la route nationale comprise entre le Viaduc et les Acacias portera le nom de « Avenue de la Division du Texas ».

La jeep fait un premier arrêt devant la maison de la famille Roux. Des jeunes qui reviennent à bicyclette de la baignade se joignent au groupe. M. Vigne immortalise la scène. Sur cette photo : Jany Chirossel (au premier plan), Marcel Béranger (son cousin), Emile Genin (de dos), et M. Roux.

Une plaque

50 ans plus tard, le 20 août 1994, une plaque commémorant ce moment historique était apposée sur la maison de la famille Roux en présence des autorités municipales, des anciens résistants Roger Algoud et Jean Abonnenc.  Ce dernier levait un coin du voile pour expliquer pourquoi les alliés ont changé leur plan en août 44 et dévié vers le Diois. Il raconte que l’un des acteurs est le Colonel Francis Cammaerts « dit Roger », officier de liaison interallié dans le Vercors (4) qui après avoir quitté le Vercors vers le 5 août avec le colonel Zeller rencontre à Alger De Gaulle. « Celui dévoila le projet de débarquement dans le midi, dont l’objectif était d’attaquer l’ennemi par la vallée du Rhône. Zeller, que Francis Cammaerts avait convaincu dit à De Gaulle que ce serait une erreur, la voie Napoléon étant libérée par la Résistance. De Gaulle demanda alors à Zeller d’aller immédiatement le dire au général Patch… Le plan fut remanié 8 jours avant le Jour J. L’attaque de l’armée de Lattre par Toulon et Marseille serait maintenue, mais l’armée U.S qui passera par Digne, Sisteron constituera à Aspres un important dépôt de ravitaillement, passera par les cols de Grimone et de Cabre, créera un grand hôpital de campagne à Beaumont-en-Diois (3), arrivera à Die et Crest sans avoir à combattre » explique Abonnenc.

En effet la bataille aura lieu à Montélimar quelques jours plus tard. La XIXe armée allemande, renforcée par le redoutable 11 e panzer pense barrer la route aux alliés dans la vallée du Rhône. « Cette marche éclair et la déroute allemande dans la région de Montélimar s’inscrivent dans l’histoire comme une remarquable opération militaire due à l’extraordinaire logistique de cette armée moderne » commentait l’ancien résistant du Diois. Poursuivant « son succès fut rendu possible, grâce d’une part la destruction du pont de Livron par le commando de la résistance Henri Faure et par l’action des FFI, qui, à travers la Provence, les Alpes du Sud, le Diois, le Crestois avaient ouvert le passage à l’armée américaine »    

« Je maintiendray »

Sur cette avenue, on trouve une autre plaque commémorative. Cette plaque fixée en juin 1986 par des anciens du 14e CDJ rappelle le souvenir des chantiers de Jeunesse (5) installés à Die entre avril 1941 et janvier 1944 et notamment « le groupement 14 Duguesclin » et sa devise « Je maintiendray. La plaque est située sur le côté d’un mur extérieur, sur le pilier d’une entrée monumentale avec un escalier de pierres de taille réalisé par le groupement. Le PC du groupement était installé dans un vaste terrain « le Clos Lambert » situé au pied de la Tour de Purgnon (aujourd’hui lotissements Audra et des Eglises, la gendarmerie). Le groupement 14 était constitué de plusieurs groupes autonomes dispersés en ville au Martouret, à Ausson mais aussi à Romeyer, Montmaur (hameau des Bâties au pied du Col de Royer), puis à Poyols, Miscon, à Beaumont-en-Diois et un groupe au hameau de l’Eglise à Creyers. Installés sous des tentes, les jeunes ont rapidement construit des baraquements pour structurer leurs camps. Une école des cadres spécialisée dans la formation des chefs d’équipe se met en place à Die au Château de Chamarges en septembre 1941.

Outre l’activité propre au chantier, le travail prévu pour les jeunes consiste à réaliser des travaux de forestage (coupe de bois ou charbonnage), des travaux agricoles… Les jeunes des chantiers de jeunesse ont participé à plusieurs actions de solidarité : journée d’aide aux réfugiés en novembre 1941 (coupe de bois pour les familles réfugiées à Die, Noël des séparés, curage du canal d’irrigation de Saillans en avril 1943 mais aussi des animations (chorales, pièces de théâtre…). Le groupement 14 sera officiellement dissous le 16 novembre 1943 et la majeure partie des groupes seront déplacés dans les Landes. En effet, il semble que le groupement 14 ait eu un taux important de défections dans ses effectifs lors de la mise en place du Service du Travail Obligatoire (STO) vers l’Allemagne. On peut penser que les autorités ne souhaitaient plus maintenir une structure aussi importante au pied du Vercors où l’appel vers la Résistance était tentant pour ces jeunes.

  Des acacias aux platanes

Autrefois bordée d’acacias, l’avenue a aujourd’hui une belle allée de platanes. Les acacias ont été abattus pendant la première guerre mondiale pour faire du bois de chauffage, face à la pénurie de combustible. Autrefois la route des Alpes étaient aussi une promenade pour les Diois.

Des équipements publics

Dans cette longue avenue, plusieurs équipements publics, comme le cinéma le Pestel, la gendarmerie, la médiathèque ont trouvé une nouvelle adresse après avoir quitté des bâtiments obsolètes en centre-ville.    

La gendarmerie de Die

S’installe au n° 23 au milieu de l’année 1974. La caserne était auparavant Boulevard Adolphe Ferrier. Sont à la fois construit un immeuble pour loger les gendarmes et des bureaux pour l’activité de la brigade et de la Compagnie. Les officiers de la Compagnie quitteront Die pour Crest où le groupement de commandement déplace ses bureaux en août 2018. La Cie perd alors

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son nom pour devenir celle de Crest.  La brigade de Recherche avait déjà déménagé en 2015. Reste depuis à Die, la brigade de proximité et la communauté de brigades du Diois (COB).  

Le Cinéma le Pestel

De l’autre côté de la rue, on observe un beau bâtiment qui habite le cinéma le Pestel (Il tient son nom d’un rocher de Glandasse auquel il fait face). Die a connu plusieurs salles de cinéma au début du XXe siècle jusqu’à la construction du Pestel.  Le bâtiment est construit d’après les plans de l’architecte valentinois M. Brunel et par l’entreprise de maçonnerie locale de Lucien Bertrand. La salle est inaugurée en juin 1943. Plusieurs propriétaires se sont succédé (Grasset, Girard) et gestionnaires (M. Porte) avant que la ville de Die ne rachète le cinéma en 1983. En 1988, la municipalité confie la gestion à du cinéma à Kate Henry-Savalle et Gérard Henry. Après le départ de Kate, en avril 2015, à l’issu d’une nouvelle délégation de service public (DSP), Jean-Pierre Surles devient le nouveau directeur. En 2019, ce cinéma au label « Art et Essais » a battu son record d’entrées avec plus de 38 000 billets vendus.

Le rocher du jumelage

Ce bloc de pierre venu tout droit de Louisendorf en Allemagne est le symbole du jumelage entre Die et sa jumelle « Frankenau-Louisendorf ». Il marque l’entrée de la place Louisendorf baptisée en 1991, année officielle du jumelage entre les deux cités. Les liens entre les deux villes sont anciens. A la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, de nombreuses familles protestantes du Diois ont émigré dans d’autres pays où la liberté de religion leur était offerte.

Plusieurs familles originaires du Diois vont s’installer en 1687 dans la région de la Hesse où le Prince leur attribue un territoire. Elles décident de baptiser leur village « Louisendorf ». Le hameau sera rattaché plus tard à la ville de Frankenau. Après des premiers contacts en 1950 entre des diois et des descendants des huguenots, les échanges entre les deux villes vont se multiplier depuis 1972. La ville jumelle allemande s’est même jumelée avec Wirksworth en 2009, la ville jumelle anglaise de Die, offrant un jumelage tripartite.

La médiathèque départementale

C’est en 1988 que la médiathèque Diois-Vercors déménage avenue de la Division du Texas (elle partageait auparavant avec le Musée de Die, un étage du bâtiment Joseph Reynaud, rue Camille Buffardel). Avant son réaménagement par le département le bâtiment fut d’abord une cimenterie, puis un garage.      

Un ancien garage

Drôle de rond rouge qui orne la façade qui rappelle qu’autrefois un garage occupait cette petite maisonnette.

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Notes

1- La Grande Rue était dénommée rue Nationale de 1883 à 1941 où elle porte pendant la guerre le nom du chef de l’Etat Français. 2- Camille Buffardel a été assassiné le 23 juillet 1944 par des miliciens à la solde des nazis. Premier adjoint de la ville de Die, résistant, il était membre du groupe Baudet. L’armée allemande a occupé Die du 21 juillet au 7 août 1944. 3-Lire à ce propos l’article de Philippe Planel « Un hôpital sous tente à Beaumont-en-Diois » Chroniques du Diois n°25. Juillet 2016. 4- Philippe Planel a réalisé un portrait de Francis Cammaerts (1916-2006) dans le n°26 des Chroniques du Diois. Décembre 2016. 5- L’idée des chantiers de jeunesse est née en juillet 1940, au moment de la défaite, avec dans la tête de ses initiateurs la volonté « de donner un complément de formation physique, morale et civique, destiné à permettre de reprendre rapidement, le moment venu, une place dans le relèvement de la France meurtrie et humiliée ». Cette « éducation » s’effectuait dans des campements autour d’unités « ne dépassant pas 2000 hommes, en pleine nature, au milieu des bois, à l’abri de toute cause de trouble ou d’agitation et de les occuper à des travaux d’intérêt général ». L’année suivante, les jeunes hommes incorporés en juin 1940 relevés de leur obligation militaire intégraient ce qui devient alors les chantiers de jeunesse. De 6 mois au début, en janvier 1941, la période de service civil obligatoire passe à 8 mois.   Sources Journal de Die du 12 juin 1943 « ouverture du cinéma le Pestel ». Journal du Diois du 21 décembre 1974 « Trente ans après » J. X. Chirousel. « 1944 – Die au fil des jours » Henri Audra Journal du Diois du décembre Journal du Diois du avril 1975 Journal du Diois du 22 juillet 1994 « De la Résistance à la libération Diois-Vallée de la Drôme » M. Bonniot Journal du Diois du 26 août et 2 septembre 1994 « Commémoration : les Américains à Die » VEYER Jean, Souvenirs sur la Résistance Dioise 1941 – 1944 Collectif, Die Histoire d’une cité Ed. Patrimoine de la vallée de la Drôme. Petit-Historique de Diois-Jumelages 1688 à 2015 réalisé par Annette et Pierre Martin. Collectif. Images et regard sur Die par les cartes postales et les photographies anciennes. Dea Augusta. Die 2014. Amicale des Anciens du 14e CJF « Le groupement 14 Duguesclin », histoire du groupement racontée par les anciens. Marseille, 1995.

Le passage des troupes américaines à Die

Dodge de l’armée américaine à l’angle de la rue du Viaduc et de la rue de l’Armellerie

Extrait de « 1944 – Die au fil des jours » de Henri Audra publié dans le Journal du Diois du 22 mars 1975.

«En effet, vers 8 heures du soir, on me dit : « Il parait que les Américains sont à Lus-la-Croix-Haute ». (On le disait dans tous les cafés de la ville depuis quelques instants). Un camion de dissidents serait arrivé de Lus, puis une auto et on aurait dit à Pont-de-Quart que les Américains, avec des blindés étaient à Lus-la-Croix-haute (on me dit 600 tanks, une autre dit 60). Une autre parle d’une soixantaine d’autos blindées). Quand les dissidents annoncent la chose à Pont-de-Quart, nouvelle qui est, comme l’on pense, rapidement transportée à Die. Les gens commencent à rire, disant que c’est une galéjade. Mais ils affirment que c’est exact et qu’ils ne plaisantent pas. (On dit même que ce camion de dissidents vient à Die pour y chercher de la clairette pour les Américains ! Elle a tout de même un succès fou cette clairette de Die ! Entre les Allemands et les Américains ! Il n’en restera  plus pour nous ! On ajoute que la colonne américaine de Lus va poursuivre sa marche pour aller « attaquer » Grenoble (je trouve le mot un peu fort car j’ai bien l’impression qu’il n’y a plus beaucoup d’Allemands par là). Mais les évènements iront décidément très vite aujourd’hui !… A huit heures et demi du soir nous sommes chez mes parents et nous voyons tout à coup des gens s’agiter, aller, venir, courir, tout du côté de la rue Nationale, avec des mines réjouies. Sûrement il ne s’agit pas d’un retour des Allemands à Die ! Je dis, presque en plaisantant : « Sûrement les Américains viennent d’arriver ! » Tout de même il faut aller voir ! Et, en effet, devant le coiffeur Albert il y un camion et un attroupement qui barrent complètement la rue. Par dessus les têtes des gens pressés les uns contre les autres émerge un casque américain agrémenté d’un carré d’étoffe avec des bandes blanches et rouges. Pour arriver à vie quelque chose je grimpe sur le camion (de la dissidence) contre lequel est arrêtée une autre auto militaire américaine dont il est impossible de rien distinguer tant elle est entourée de femmes, d’enfants, d’hommes. Il y a trois Américains (dont l’un a une superbe chevelure rouge carotte) et celui qui est coiffé du casque américain caractérise consulte une superbe carte routière « made in U.S.A. » (dont je voudrais bien avoir un exemplaire car elle m’a l’air d’être encore mieux faite que les cartes Michelin, si c’est possible !). Les Diois, à peine revenus de l’abrutissement de quatre ans de régime « à l’eau de Vichy » et d’un mois d’occupation allemande n’en croient presque pas encore leurs yeux ! Pourtant il n’y a pas de doute, le fait est là, c’est bien eux !… Chacun cherche à s’approcher des Américains pour les toucher, leur parler s’il y a moyen. Mais voilà, il n’y a pas moyen tellement ils sont entourés ! Le « Yankee » au casque recueille les renseignements qu’on lui donne sur la région, les routes, les Allemands, sans doute, ou plutôt il essaie de les prendre tellement les gens font de bruit autour d’eux. On leur offre de la clairette, ils ont l’air de l’apprécier, mais ils refusent un deuxième verre (ils ne doivent plus être « secs » car je présume que tout le long de la route ils n’ont dû manquer de rien au point de vie de la boisson !) Avant de boire ils lèvent leur verre à la santé des Diois et on les applaudit. On sent que c’est spontané et que les gens, à peine revenues de leur engourdissement, recommencent à s’émouvoir et à s’apercevoir que c’est tout de même vrai, et qu’on va enfin recommencer à vivre, vraiment ! Il y a deux ou trois jeunes de l’A.S. qui leur donnent des explications et aussi un jeune, en tenue kaki avec un galon en forme de gamma minuscule, un aspirant peut-être) et une décoration blanche avec raies rouges verticales. Il parait que c’est un jeune anglais qui est ici depuis quelques jours et il dit à quelques personnes : « vous voyez tout de même qu’ils sont venus ! » (Il y avait tant d’incrédules après tant d’attente et de déboires). (Remarqué sur la voiture américaine une antenne en forme de canne à pêche, en position repliée, recourbée, attachée par la pointe à l’arrière de l’auto) Lorsqu’ils ont les renseignements voulus les Américains s’installent dans leur véhicule, donnent quelques coups de klaxon pour faire écarter les gens et s’en vont du côté d’en bas. Je crois qu’ils continuent vers Saillans et à part moi je trouve cela risqué… ils pourraient tout de même tomber sur des Allemands un peu plus loin ?… Une femme laisse échapper naïvement un cri du cœur (Mme Gresse) « Mon Dieu ! Les pauvres petits ! Pourvu qu’il ne leur arrive rien !… S’ils « rencontraient » des avions allemands en route ! » (J’apprends après qu’ils ont simplement descendu un peu en ville pour tourner et qu’ils sont remontés vers Pont-de-Quart, sans doute pour faire leur rapport à leur colonne). Nous allons sans doute en voir d’autres dans les jours qui vont suivre, et puis il viendra sans doute aussi des Français. Des vrais ! Ce qui changera un peu de la clique de Vichy, de la Milice, des G.M.R, des Allemands et du reste !… Bon Dieu ! On va enfin respirer un peu ! (Journée très chaude, lourde, air étouffant, orageux. Le ciel se couvre dans l’après-midi. L’orage semble proche, mais pour ne pas changer il ne pleut pas et le soir le ciel est comme étoilé comme tous ces jours-ci). »

Char de l’armée américaine à l’angle de la rue du Viaduc et de la rue de l’Armellerie

Extrait de « 1944 – Die au fil des jours » de Henri Audra publié dans le Journal du Diois du 12 avril 1975.

22 août « Le défilé des troupes américaines continue mais avec moins d’intensité et plus irrégulièrement qu’hier. Vers 8 heures du matin passent quelques pièces d’artillerie lourde derrière tracteurs à six roues (155 courts) ou derrière chenilles… Le soir (à 20h) nous allons voir un tank (32t.) qui s’est arrêté dans la cour du garage Brunel pour réparation (changement de bandes de caoutchouc) et qui a un succès fou. Toute la ville défile pour le voir. Les américains, tous jeunes sympathiques, complaisants, donnent toutes les explications que l’on veut, chacun faisant appel à ses connaissances d’anglais pour arriver à s’entendre. Le chef du char est un grand, jeune blond, très chic qui est du Texas et n’a pas vu sa femme depuis quatre ans !… Ils ont même fait l’Afrique du Nord, l’Italie. Nous échangeons avec eux des œufs contre des cigarettes. Ils déclarent à une dame qui parle bien l’anglais qu’ils n’aiment pas les Anglais mais beaucoup les français et qu’ils « travaillent » bien ensemble. Ils estiment beaucoup de Gaulle et disent qu’il est aujourd’hui à Saint-Raphaël ».     

Extrait de « Souvenirs sur la Résistance Dioise » de Jean Veyer  

20 août « 18 heures : flânant sur la place Saint-Marcel, j’ai la chance d’assister à l’arrivée de la première jeep de la Task Force, montée par trois jeunes hommes au visage tendu, reclus de fatigue. Ils ont dû passer par Veynes et le Col de Cabre. La manœuvre américaine vise de toute évidence à suivre la Nationale 93 jusqu’au Rhône, pour couper la retraite aux Allemands, remontant du midi. J’essaie d’engager la conversation avec l’un des G.I, jeune homme maigre portant lunettes et gardant un air très intellectuel sous son casque. Hélas, il ne sait pas le Français. Et mon anglais approximatif arrive tout juste à lui faire comprendre qu’il n’y a plus d’Allemands dans la ville, ni dans la région, depuis le 8 août. »   21 août « 11 heures : la colonne américaine défile depuis ce matin, traversant la ville en direction de Crest. C’est un déploiement de force extraordinaire. Les blindés se succèdent sans arrêt. Il y a aussi beaucoup d’artillerie tractée. Les hommes debout sur les véhicules, saluent la population massée le long de la rue Nationale qui les acclame et se précipite sur les bonbons et les morceaux de chocolats qu’ils s’amusent à jeter aux enfants. Tous font, en souriant le signe V avec leurs doigts. Ils regardent évidement beaucoup du côté des jeunes filles, qui envoient force baisers. »   22 août « Des chars , toujours des chars… »

Char de l’armée américaine à l’angle de la rue du Viaduc et de la rue de l’Armellerie

Extrait de « Trente ans après » souvenirs de jeunesse de J.X Chirossel publié dans le Journal de Die du 21 décembre 1974.  

« Dans mon souvenir, cette photo a été faire le 18 août (1) vers 5 ou 6 hures du soir; Nous étions 4 jeunes qui revenions à bicyclette de la baignade du barrage. On me reconnaît très bien à gauche, à côté de mon cousin Marcel Béranger. A droite, de dos, M. Genin (l’expert comptable) et M. Roux (des ACACIAS). Dès le lendemain, arrivaient les premiers chars. Je me souviens que ce 19 août les colonnes motorisées se sont succédé, mais assez espacées (de 3/4 d’heure parfois). Entre 12 et 13h deux chars Patton se sont arrêtés à St-Pierre, l’un devant le café Meyzenc, l’autre devant la maison Dumaine. Un command-car est sous le marronnier. Je suis moi-même tout près contre le lavoir. Soudain, un coup de gueule est lancé par le radio du command-car. Les hommes des chars bondissent vers leurs engins, mettent les mitrailleuses en batterie vers le ciel et, dans la minute suivante deux avions vrombissent très bas, l’un à droite et l’autre à gauche de l’avenue de la Gare. Les chars tirent, mais sans succès. »

Note

(1) Trente ans après les souvenirs des témoins qui ont participé à ce moment d’histoire son flou et inexacte. J. Chirossel écrit ses souvenirs 30 ans après, il parle de la date du 18 août, s’appuyant sur une date inscrite sur le vélo de son amie. Cet article fait réponse à un celui de Jean Veyer « un point d’histoire, la date exacte de l’entrée des troupes américaines à Die » daté du 31août/3 septembre de la même année. Jean Veyer avouant s’être trompé dans son livre sur la date du passage des américains à Die, avance lui aussi la date du 17 ou 18 août. En publiant au début de l’année 1975, son journal de 1944 Henry Audra confirme que le passage des troupes américaines à Die est bien le 20 août (soit 5 jours après le débarquement en Provence). Il précise que les notes inscrites dans son carnet, l’ont été au jour le jour en 1944 et pas trente ans après

Petite bibliographie dioise par Emmanuel Poujol

Ces journées de confinement incitent à se replonger dans ses cartons ou mieux dans sa bibliothèque. Parmi les livres poussiéreux, de petits trésors réapparaissent après quelques décennies d’oublis. Un ouvrage intitulé « Veillées populaires en Diois » écrit et publié en 1983 par Roland de la Platière auteur entre autres de « Jadis les Voconces » sort du lot. « On dit que les fables sont des histoires désuètes ; on dit que les contes ne servent qu’à endormir les enfants ; on dit que les légendes ne sont que les radotages du temps qui passe ; et on dit ainsi sérieusement beaucoup d’autres bêtises, car vouloir enlever tout merveilleux de notre vie, c’est vouloir faire de celle-ci un désert stérile dans lequel il n’y aurait même plus une oasis pour se rafraîchir l’esprit. » Le ton est donné et se succèdent quinze succulentes petites histoires aussi charmantes les unes que les autres. Étonnamment, elles n’ont pas de titre laissant libre choix au lecteur d’en inventer un.  Voici quelques extraits : « Le Diois, c’est le pays où le Dauphiné fait de l’œil à la Provence, où le Nord vient se faire bronzer au Sud et où ce coquin de soleil fait une cour caressante aux vaporeuses edelweiss. »

« Les montagnes étaient entièrement recouvertes par de brillantes forêts de hêtres entrecoupées en plusieurs endroits par de fraîches et luxuriantes clairières. Tout au fond des gorges, le rocher de la Dent de Die, sans doute tombé de la bouche d’un géant, émergeait verticalement de la haute futaie de sapins qui le pressait de toutes parts. Au-dessus de ce menhir naturel, s’élevaient enfin les vertigineux escarpements blanchâtres du Glandasse qui paraissaient vouloir soutenir à eux seuls tout l’azur du ciel. » « Ainsi, la Meyrosse va se jeter dans la Drôme, laquelle va se jeter dans le Rhône, lequel à son tour va se jeter dans la mer. Et si un jour vous allez vous promener le long du rivage doré de la grande bleue, approchez-vous tout près de la mer et ouvrez bien grandes vos oreilles. Vous entendrez alors comme un vague murmure ou plutôt comme un chuchotement de voix lointaines qui semble arriver du fin fond des eaux : eh bien, ce murmure, ce chuchotement, c’est tout simplement le Drôme et la Meyrosse qui continuent à se quereller jusque dans la mer. »